French fan-translation of “Drømmer om storhet”
by Pål H. Christiansen
translation: Valérie Siondecine
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Chapitre 12
Je sentis un petit vent frais lorsque je sortis du commissariat. L’automne était-il arrivé pendant que j’étais à la maison d’arrêt? L’automne avec ses cocottes de farikal bien mijotées et ses coups de vent cinglants ? L’automne avec ses jours clairs et ses pluies interminables? Je sentis la joie monter en moi comme la sève dans une brindille. Même si j’étais tombé et out pour quelques minutes, j’étais prêt à continuer le combat.
Le bonheur ne dura pas longtemps. Car aussitôt que je me retrouvai dans un rayon de soleil, je sentis que ce jour serait encore plus chaud que les précédents. Le rêve de jours frais était remis à plus tard.
Si on m’avait demandé quelques semaines auparavant mon intérêt pour les camions à ordures, j’aurais rigolé. J’aurais même peut être été un peu sarcastique. Toutefois maintenant un camion à ordures bleu, garé près du trottoir, éveilla ma curiosité. Celle-ci ne s’atténua pas lorsque je lus sur le côté du camion : POESIEXPRESS - Poésie Livrée sur Simple Coup de Fil.
Higgins était assis au volant et mettait des pailles en bottes. Il me fixa comme pour jauger mon état d’esprit. Le résultat fut positif puisqu’il continua son travail. C’est ce que j’appréciais chez Higgins : minutieux comme une fourmi, déterminé et clair. Chaque instant libre était pour lui une pierre potentielle pour bâtir le grand temple de l’art.
- Il est évident que ce sont les pailles jaunes qui sont le plus fabriquées, déclara t-il, tandis que je prenais place dans le camion.C’est une théorie que je suis sur le point de prouver scientifiquement.
- Et quelle est l’hypothèse ? Dis-je.
- Que la ville regorge de pailles jaunes, dit Higgins.
Son téléphone sonna. Il écouta attentivement tout en rangeant ses pailles sous son siège.
- On doit y aller, me fit-il, à la fin de la conversation. Haagen a besoin d’aide.’
Une petite musique sortait de la tombe du grossiste Hjamar Holst Humperdinck. Une fine et douce note de saxophone se frayait un chemin au milieu du murmure de toutes les veuves, qui étaient agenouillées devant les tombes de leurs maris fanés et les fleurissaient. Haagen était couché avec le saxophone dans son sac de couchage. Il s’exerçait sur Oppna Landskapp, qui résonnait sur les pierres tombales.
- Comment ça va ? Fis-je
- Tant que je suis allongé avec ma bien aimée, rien ne peut m’arriver, répondit Haagen.
- Une bonne et juste attitude, dis-je. Mais comment diable as-tu réussi à t’enfermer dans ton sac de couchage ?
Je m’assis découragé sur une tombe et me tins prêt, à cueillir Haagen de son propre tombeau.
- Tu peux bien fermé ta gueule, dit Haagen.
- Ah bon ? Dis-je. Je t’ai déjà cassé les pieds de si bonne heure le matin?
- Pour commencer tu t’en prends violemment au meilleur bassiste que je connaisse, dit Haagen. Et après tu le laisse raccompagner ta petite amie chez elle.
- Ma petite amie? Dis-je.
- Cela lui fait de la peine, dit Haagen.
- Ah bon vraiment? Fis-je sèchement. Cela lui fait de la peine? Qu’est-ce qui lui fait vraiment de la peine?
- Tout n’est pas si simple, répondit Haagen.
- Ah non ? Dis-je.
Haagen se tut et nous restâmes à écouter à la fois le bruit du métro qui grondait et Higgins qui s’acharnait sur la fermeture éclair du sac de couchage. Si Haagen avait cru que j’allais le supplier de ma parler de la vie sentimentale d’Helle, il s’était trompé. J’avais autre chose à faire qu’écouter ce que mes ex faisaient et ressentaient pendant leur temps libre. J’avais une carrière à prendre en main.
La fermeture éclair s’ouvrit et Haagen en extirpa le saxophone et le posa sur le côté. Puis il commença à s’habiller; en restant toujours couché dans le sac de couchage. Il avait une technique unique que j’admirais et que j’étais loin de pouvoir maîtriser.
Même si je comprenais où Haagen voulait en venir avec ses remontrances, je n’étais tout de même pas le seul écrivain qui devait se défendre de temps à autre. Peut être devrais-je lui rappeler le besoin permanent qu’avait Hemingway de se lancer dans un combat de boxe ? Ou bien encore, un certain Dadaiste , qui au début du siècle dernier traversa Zurich avec des pistolets chargés pour tuer son rival? Apparemment c’était donner de la confiture aux cochons.
Higgins se mit à préparer des œufs et du bacon sur le réchaud d’Haagen, tandis que celui-ci faisiat quelques génuflexions et mettait sa cravate, qui était pendue à une branche.
-Grand temps d’abandonner la vie en plein air, dit Haagen, alors que nous étions chacun assis sur une stèle et prenions notre petit déjeuner.
- T’es triste ?dis-je.
- C’est toi qui poses la question?, dit Haagen.
- Oui, j’ai pas le droit ?
- Tu peux toujours demander ce que tu veux, répondit-Haagen.Obtenir une réponse est une autre histoire.
Il était vraiment d’une humeur de chien, ce mec ! J’arrivais tout droit d’une cellule glaciale du Groenland au logis en plein air de Haagen et il n’avait rien de mieux à faire que de continuer ses remontrances de la veille.
- Mais enfin c’est quoi ton problème ? lançai-je.
- L’automne est imminent, dit Haagen. Et je ne veux pas penser à ce qui se passera après’.
- Une chose après l’autre, dis-je.
- Nous avons besoin d’un objectif et d’un toit au dessus de la tête, Hobo. Poesiexpress peut être le début de grandes choses. Poésie pour le peuple ! Emballée dans des métaphores et des sonorités ensorcelantes!
Tout à coup Il parlait comme un chef qui montre le chemin à un groupe de vieillard, de femmes et d’enfants. Higgins était assis et hochait la tête en levant les yeux au ciel.
- Nous avons besoin de nous bouger un peu, dit-il.
Sur le chemin du retour nous passâmes devant quelques containers. Higgins s’arrêta et trouva quelques lampes à pieds et un fauteuil de bureau qu’il voulait emporter; Haagen de son côté trouva un vieux pupitre tordu qui avec de la bonne volonté pouvait servir de séchoir à chaussettes.
Puis chemin faisant nous arrivâmes à l’atelier d’Higgins, où nous eûmes l’opportunité de jeter un coup d’œil à ‘Au delà du pire’.
Higgins avait utilisé du bois flottant comme base tandis que les autres choses avaient été assemblées comme des éléments de relief. Le grand jerrican d’eau était relié à un long bâton et pouvait représenter une espèce de ventre et ma tennis pointait comme un bec du morceau de styropore. Mais comme je connaissais bien Higgins, il y avait des milliers de façons d’interpréter son art. C’était tout ce qu’il y avait de libre.
- Dois-je le peindre? demanda Higgins alors que nous nous tenions devant.
- Sais pas, dis-je.
- Il y a un engrenage dans le matériel, dit Higgins.- Mais une légère teinte pourrait lui donner un coup de pouce.
- Ouais j’suis d’accord, dit Haagen.
- D’accord pour quoi? reprit Higgins.
- Pourquoi pas un peu de rouge sur le ventre? suggérai-je.
- Ventre? dit Higgins. – Qui a dit que c’était un ventre?
- Ben ça y ressemble, fis-je.
Pendant que Higgins et Haagen préparait une présentation précise du projet Poesiexpress je me frayai un chemin à travers l’atelier. Hormis le chaos qui jonchait le sol, c’était bien rangé. Bien suspendues à un crochet, par exemple, se trouvaient deux cottes de travail oranges.
- Tiens, tiens, fisje. ‘Vous savez ce que Hirsch m’a raconté? Qu’il avait vu en ville deux hommes avec les mêmes cottes transportant mon canapé.’
- Quand ça ? demanda Haagen.
- Au milieu de la nuit , répondis-je.
Haagen et Higgins étaient bien trop occupés avec leurs affaires, pour développer davantage la conversation sur un canapé fugueur. Du moins c’est ce qui apparut. Ils avaient étendu sur une partie libre du sol un grand schéma et me faisaient signe de me rapprocher.
>>> chap.13