Rêves de grandeur (chap.16/part 2)

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by Pål H. Christiansen

translation: Valérie Siondecine

<<< chap.16/part1

Devant la maison de Madame Høilund je restai assis un moment sur le vélo pour rassembler mes forces. Certes sur le chemin du retour il y avait pas mal de descentes mais je n’avais pas l’habitude de faire du vélo et en plus la visite chez Madame Høilund m’avait usé tant sur le plan physique que moral.

Je démarrai. Une côte menait aux environs de la colline d’Holmenkollen. Des feuilles humides recouvraient la chaussée et de chaque côté se trouvaient de grandes et onéreuses villas avec des jardins spacieux et des allées, qui devaient représenter pour les services municipaux une énorme charge de travail concernant le déblaiement de la neige en hiver. Dieu merci j’habitais en appartement.

Pouvais-je assumer d’avoir laisser Madame Høilund seule sans m’assurer que tout allait bien? Elle n’avait pas l’air bien du tout. Mais Hermann avait dit qu’elle allait atteindre cent ans. C’était un expert, je pouvais compter sur lui.

Comment la vieille dame pouvait réussir à boire toute l’eau gazeuse en une semaine? Cela me paraissait complètement incompréhensible. Et ne parlons pas du chou-fleur!Mais je comprenais mon devoir de réserve. C’est le genre de questions que je ne devais pas me poser.

Tout en haut de la côte apparut un couple avec un landau. Ils riaient et trainassaient. En voilà des parents heureux avec leur premier enfant en promenade automnale! Une belle petite famille en vadrouille. Papa a pensé aux biberons et aux couches. Maman a emmitouflé le petit contre les rigueurs du froid.

Les rires se rapprochèrent. Le père était penché sur le bébé et le chatouillait en riant encore plus. Comme si les enfants étaient des jouets. Il fallait prendre sacrément les enfants au sérieux, selon moi. Pouvait-on dire du bien sur les enfants? Non, pas moi en tout cas.

Je ne voulais pas aller trop vite en besogne et  être juste. Je refusais de tirer des conclusions trop hâtives. Je voulais tout bonnement laisser leur chance aux enfants.

Je me penchai en avant et me mis à réfléchir quelques instants tandis que le couple se rapprochait. La femme avait des cheveux bruns, la trentaine et à ses côtés une espèce de grand type qui flânait de façon nonchalante. Ils paraissaient faire une promenade dominicale en pleine semaine.

Il me vînt une idée positive à l’égard des enfants: c’étaient de loin les meilleurs adversaires au Scrabble. Ils étaient faciles à battre. Je me rappelais comment j’avais joué au Scrabble avec le neveu d’Helle il y a quelques années. Cela avait été un moment sympa. C’était quoi son nom déjà? Håkon? Harald? Un prénom royal en tout cas.

Le couple arrivait au coin de la rue où j’étais posté sur mon vélo à philosopher. La femme ne paraissait pas norvégienne et faisait tout petite à côté de l’homme. Quelque chose me faisait dire que ces deux-là étaient juste de passage. C’est pour cela qu’ils sont joyeux, pensai-je; et je les comprenais très bien. Une famille, qui se trouvait volontairement pour quelques jours en Norvège devait être joyeuse rien qu’à l’idée de quitter bientôt le pays. Ils avaient l’air d’assumer complètement et librement cette invention nommée Norvège, flânant comme des touristes dans cet endroit tranquille et paradisiaque.

Au moment où ils passèrent devant moi, l’homme se redressa et nos regards se croisèrent.

>> chap.17

Rêves de grandeur (chap.16/part 1)

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by Pål H. Christiansen

translation: Valérie Siondecine

<<< chap.15

Chapitre 16

Madame Høilund avait été une belle femme dans sa jeunesse, même aujourd’hui elle était belle à 90 ans. Elle était vêtue d’une robe de chambre en soie, brodée avec des cœurs, des paillons et des fleurs et à ses pieds elle portait une paire de chaussettes épaisses. Elle jeta un coup d’œil rapide et disparut dans la maison à petits pas traînants.

“Pose la caisse dans la cuisine!”, me lança t-elle du salon.

La cuisine était claire et amicale, mais concernant la bouffe, je ne vis que trois bouteilles de vin rouge posées sur le plan de travail. A côté il y avait un tire-bouchon en ivoire sculpté d’une petite représentation de Tower Bridge. C’était un ouvrage impressionnant.

“Il faut que j’écoute les informations françaises”, cria Madame Høilund.
“Faites donc”, lui lançai-je à mon tour.

Elle était allongée dans le canapé et tenait le petit récepteur radio à son oreille, lorsque je pénétrai dans le salon. La pièce était meublée d’antiquités et les murs recouverts de différentes œuvres artistiques. Le long des murs se tenaient proprement alignées d’innombrables bouteilles de vin vides. Je constatais que j’avais à faire à une femme qui avait le sens de la beauté et du spirituel. Ou bien était-ce Monsieur Høilund qui avait apporté toutes ces bouteilles à la maison? Il n’était visible nulle part, aussi je choisis de prendre congé de la maîtresse de maison.

Sur une petite table il y avait une pile de livres. Je les pris délicatement et les regardai. Je vis l’œuvre d’Hubert Humpelfinger Zones érogènes au Moyen Age. Je fis tomber le livre comme si j’avais eu un rat mort dans les mains.
“Silence! Cria Madame Høilund. J’écoute!”
“Mille excuses, Madame”, fis-je.
“C’était Victor Hugo, l’invité de l’émission”, dit madame Høilund. “Il vient de publier un nouveau roman.”
“Mais, il est mort”, dis-je.
“Ah?”, dit Madame Høilund avec un regard sceptique. Faut pas faire le difficile aujourd’hui!”
“Oui vous avez raison”, fis-je.
“Soyez gentil et allez dans la cuisine déboucher les bouteilles de vin”, ordonna Madame Høilund.

Je retournai à la cuisine et me mis à l’œuvre avec entrain. J’aimais ce sentiment de faire quelque chose d’utile, d’être une espèce de petite roue dentée dans un mécanisme de montre qui porterait le nom de SOINS AUX AINES. Une montre, qui à vrai dire, s’arrêtait de temps à autre, mais redémarrait avec une équipe de gens intelligents et engagés comme moi.

Les bouchons étaient tenaces et Madame Høilund ne cessait de me hurler des ordres incompréhensibles depuis le salon. Sur chacune des bouteilles je devais marquer la moitié pour qu’elle puisse avoir quelle quantité elle pouvait boire chaque jour. Puis je devais indiquer le jour de la semaine, de façon à ce que le haut de la bouteille corresponde à mercredi et le bas à jeudi. Sinon ça pouvait déraper, c’est sûr! Après l’ouverture les bouchons devaient être retirés du tire-bouchon et replacés sur le goulot, enfoncés d’un centimètre.

Lorsque j’eus fini, je jetai un coup d’œil au salon et vis que la vieille dame écoutait toujours la radio. Un concert classique avait succédé aux informations et son visage affichait une expression béate. Elle était là, allongée, repensant à de vieilles amours. Tous les mauvais souvenirs sont évanouis et il ne reste que les bons moments. Je la laissai un peu en paix.

Au mur dans la cuisine il y avait des portraits d’Hermann, enfant. Tout d’abord, bébé sur les genoux de sa tante, puis adolescent à la pêche et à 0 ans avec la coiffe d’étudiant. Une bien belle progression même si je regrettais l’absence de la traditionnelle photo dans la baignoire, celle qui a su prendre une place prépondérante dans la culture occidentale. Hermann aurait dû alors poser devant l’objectif avec un petit canard en plastique dans une main et un bateau dans l’autre.

Les photos me ramenèrent à la lettre d’Helle. De quoi avions-nous vraiment besoin de discuter? Sûrement de la météo! Helle n’était du genre à se plaindre de la pluie et du vent. Elle prenait la météo comme elle venait et s’en accommodait. Et les subtilités philosophiques n’étaient apparemment plus aussi importantes pour Helle. Après tout elle était occupée par autre chose. La signature Helle puait plus que quarante bennes à ordure réunies.

Elle était enceinte? Et alors? Elle n’était pas la première femme dans ce pays qui devait faire face à une grossesse non désirée! Là-dessus il y avait une longue tradition en Norvège. Ellert Sundt, un sociologue, l’avait déjà démontré dans ses écrits au dix-neuvième siècle. Il trouva dans le pays tellement d’immoralité qu’il faillit tout laisser tomber.

Et si elle voulait parler à quelqu’un, elle devait le faire avec le père de l’enfant. Cette espèce d’Hagbart, sûrement. L’homme aux mains de cochon.

Le fait de penser à la lettre de Helle m’avait rendu la bouche sèche, et je me rendis compte avec effroi qu’une bouteille de vin était plus pleine que les autres. Il y avait là une irrégularité qui n’échapperait pas à Madame Høilund et qu’elle ferait remarquer, si ce n’est à moi directement, à Hermann au téléphone. J’ouvris la bouteille et en avalai une bonne gorgée.
“Que faîtes-vous, jeune homme?” Madame Høilund se tenait sur le seuil et me fixait. Elle était pâle et avait du mal à se tenir sur ses jambes. J’aperçus tout de même de la colère dans son regard.

“Je rajuste le contenu”, fis-je.
“Je veux un massage maintenant.”

>>> chap.16/part 2

Rêves de grandeur (chap.15)

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by Pål H. Christiansen

translation: Valérie Siondecine

<<< chap.14/part 2

Chapitre 15

Hermann avait enfin fait rentrer de la sauce dolmio à l’ail et aux champignons. Spécialement pour moi, il en avait commandé un carton supplémentaire et l’avait caché dans la réserve. Je lui en serai éternellement reconnaissant. Maintenant la nourriture reprenait le bon chemin. C’était l’alpha et l’omega du travail qui m’attendait.

“Est-ce que les pâtes ne font pas de grumeaux dans l’estomac?” demanda Hermann.
“Hm, c’est une vieille légende”, fis-je.
“Plus c’est vieux, meilleur c’est!” rétorqua Hermann.
“Les sportifs mangent beaucoup de pâtes”, dis-je, “c’en est la preuve, non?”
Hermann haussa les épaules et prit le téléphone. Je compris que c’était sa tante, Hulda Høilund, à l’appareil, car il était si mielleux et prévenant que cela faisait mal à entendre.
“Du chou-fleur, oui bien sûr”, dit Hermann.”Et de l’eau gazeuse?”

“As-tu quelque chose à faire?” me demanda t-il une fois la conversation terminée.
“Oui.”
“Viens par là!”
Nous sortîmes dans la cour arrière. Il y avait le vélo de livraison qui portait le panneau “Hermanns Hjørn” en gros caractères noirs sur fond bleu, de même qu’une plate-forme épaisse destinée à protéger les marchandises en cas de pluie ou de tentatives de vol de la part des corneilles et autres malotrus.

“Voilà le principe : il suffit de pédaler et de tenir le guidon droit”, expliqua Hermann.
“Ça fait deux choses en même temps!” fis-je.
“Si on rajoute les rails du tram, ça fait quatre!” ajouta Hermann.

Un peu plus tard j’enfourchai la vieille bicyclette avec sur la porte-bagages le chou-fleur et l’eau gazeuse pour Madame Høilund, et dans la poche arrière de mon pantalon, la lettre d’Helle se consumait comme une petite flamme qui ne voulait pas s’éteindre. Madame Høilund avait très certainement une jolie poubelle qui contiendrait volontiers en son sein tiède cette lettre close d’un amour infidèle. Mais à présent nous étions ne route la lettre et moi.

Peut-être que ce tour à vélo n’était pas si bête, pensai-je. Je connus en effet un soupçon de liberté tandis que je pédalais prudemment près des rails du tram sur Frognerveien et me frayais un chemin à travers Kirkeveien pour ensuite arriver au Stade Frogner. Madame Høilund habitait sur Gravlunden et malgré la côte qui augmentait jusqu’à Volvat, je n’étais pas prêt à capituler face à la souffrance. J’étais prêt à lutter. Enfin c’est ce qu’il me parut.

Des questions se pressèrent à nouveau dans ma tête. Devais-je quitter le pays pour concrétiser mon potentiel? Mais à vrai dire, serais-je capable d’habiter un 9 m² à Londres alors que j’en avais un de 30 m² à Oslo? La pensée n’était pas vraiment directement close mais logique. Plus rien ne me retenait dans ma patrie. Mon amour était en ‘Mille morceaux ‘ comme l’avait si bien exprimé Björn Afzelius. En fait il n’était même plus question de morceaux mais plutôt d’une infime poussière que le vent poussait jusqu’à la mer avec les mouettes et le pollen. Même le boulot était compromis. Bientôt je vais me rouiller et ne réagirai plus à la décadence linguistique de ce pays du Grand Nord. N’était-ce pas une raison de plus de m’enfuir dans un autre pays, sous une autre bannière où la langue est tenue en respect et où la culture représentait un pilier de l’indépendance nationale? Joseph Conrad, par exemple, ne s’était-il pas mis à écrire en anglais et ainsi forgé une place spirituelle au firmament de la Grande Bretagne? Ne parlons pas de Morten, Magne et Pål, qui ont tourné le dos à la Norvège et sont partis en Angleterre. Et puis, il y avait mes amis : Haagen, Higgins et Hjort. Il y avait quelque chose qui clochait ces derniers temps avec eux.

Je fis une pause sur Ringhus. Je ne m’étais plus assis sur un vélo depuis la fin des années soixante-dix, lors des élections municipales où je soutenais le Parti de gauche. Pour tout avouer, j’avais mal au cul ainsi qu’ à quatre ou cinq autres endroits et mon souffle n’était plus ce qu’il avait été.

Je posais mes mains sur mes fesses et les massais un peu. J’y gagnai seulement que la lettre d’Helle tomba sur l’asphalte. Si cela n’avait tenu qu’à moi, elle pouvait rester par terre, mais là, il était question de vie privée. N’importe qui pouvait trouver la lettre et l’utiliser contre moi un jour. Je récupérai donc l’enveloppe et me décidai à l’ouvrir.

Helle avait une écriture extraordinairement belle. Je n’avais jamais eu de problème à la suivre à travers ses pleins et ses déliés et sa syntaxe parfaite. Mais maintenant les lettres dansaient devant mes yeux. Je ne réussissais pas à faire le lien avec son contenu. Et même s’il y avait eu une faute, je n’étais pas celui qui la verrait. Je me frottai les yeux et relu la lettre:

Cher Hobo,

Je dépose cette lettre au cas où tu passes dans la journée.
Je suis enceinte, nous devons parler.

Helle

>>> chap. 16/part 1

Rêves de grandeur (chap.14/part 2)

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by Pål H. Christiansen

translation: Valérie Siondecine

<<< chap.14/part 1

Si je carressai l’espoir de faire quelque chose d’important pour l’humanité, je ne pouvais pas être aussi accessible qu’une baraque à frites.

Je pris un crayon et me mis à le tailler soigneusement et longuement. Je me demandai si Hemingway ouvrait la porte quand il écrivait? Probablement pas. Mais dans ce cas je manquais cruellement de célébrité. Je ne savais pas si la sonnette était répandue après la première guerre mondiale, ou si on n’ utilisait plutôt les heurtoirs ou si on s’en tenait à l’ancienne et frappait plusieurs fois avec le poing dans le mince espoir d’être entendu.

J’entendis un grattement sur la fente à lettres. Je bondis et me dirigeai vers la porte. Les gens devenaient de plus en plus effrontés, et là, j’avais à faire à un véritable effronté endiablé et sournois qui ne comprenait pas que non voulait dire non. J’ouvris brusquement la porte et ragardai dans le couloir.

Helle était penchée prête à mettre une lettre dans la fente. Un acte indiscret et intime, enfin, c’est ce qu’il m’apparut. Obscène dans son manque de respect pour ma vie privée.
“C’est privé ici!” fis-je.

Helle se redressa l’air interrogateur et me fixa avec une main sur les reins comme une vieille commère qui avait passé des années sur un matelas dur.

“Ah, tu es là? dit-elle.
“Où pourrais-je bien être?”
“Au boulot!”

Si elle voulait couper le cheveu en quatre sur de tels détails que mon lieu de travail, mon appartement ou la lune, elle ferait bien de le faire devant chez elle.

“Je suis déçu que tu bluffes ainsi,” dis-je.
“Que veux-tu dire?”
“Tu le sais bien”, dis-je. “Est-ce que Bull te dit quelque chose?”

Helle essaya de jeter un œil dans l’appartement. Oui, il s’en était passé des choses ici depuis sa dernière visite. Je fis en sorte qu’elle ne puisse rien voir d’intéressant avant de poursuivre la conversation. J’en profitai aussi pour l’observer plus précisément maintenant que je l’avais à portée de main. Elle était pâle, elle avait vraiment une sale tête! Cela arrivait à ceux qui baisaient toute la nuit et ne buvaient pas assez d’eau.

“Tu parles d’Olaf Bull?” dit-elle.
“Par exemple”, fis-je. “Il est vrai qu’il y en a d’autres de l’espèce des Bull. Nous avons Brynjull Bull et Trygve Bull pour ne citer qu’eux.”

Il y avait quelque chose de nouveau sur le visage d’Helle. Elle voulait obtenir quelque chose de moi, mais je n’étais pas encore prêt, pas avant longtemps. Et soudain j’aperçus une bague que je ne lui connaissais pas auparavant. Elle était relativement fine et plate et rappelait un peu une bague de fiançailles ou de mariage. L’amour à grande vitesse, pensai-je.

“Tu as déclaré que Epave d’été se trouvait dans Nouveaux Poèmes. Baratin! Oser me mentir sur un truc pareil!” dis-je.

Je reconnus à mon grand étonnement que j’avais les larmes aux yeux. D’où cela venait-il? On ne connaissait pas le jour avant que le soleil soit couché. Maintenant c’était sûr!

“Puis-je m’asseoir?” demanda Helle.
Impossible, fis-je. Quelqu’un a volé mon canapé. De plus Je TRAVAILLE! En tant qu’artiste mon propre corps est ma maison. Tu me trouves là où je suis prêt. Aujourd’hui je suis fermé pour la journée.”

je la repoussai et claquai à nouveau la porte. Pour être tout à fait sûr, je tirai la chainette de sécurité et puis je pus retourner à mon travail. Sur le sol dans le couloir se trouvait cependant la lettre qu’Helle avait postée.

Malgré le fait que je savais déjà ce qu’elle contenait, j’hésitai à l’ouvrir. C’était une chose de savoir la vérité sur soi même; C’en était une autre de la recevoir en pleine figure par des mots. Des mots? Lorsqu’il s’agissait de lecture, je me montrais insatiable et curieux. J’avais une irrésistible envie d’ouvrir cette lettre pour trouver comment Helle s’était exprimée. Si, par exemple, il y avait la moindre faute, je pourrais m’en réjouir et m’en servir contre elle si je la croisais dans la rue ou un magasin un jour.

“Ça va plutôt mal!” lui ferais-je.
“Comment ça?” dirait-elle.
“Tu as réussi à écrire malheureusement sans h!”
“Ce n’est pas possible”, protesterait-elle.
“Si tu l’as fait!”

Et je me contenterais de lui sourire et de la planter là, confuse et apeurée sur le trottoir ou dans le rayon du magasin et rentrerais chez moi retrouver mes succès futurs d’écrivain.

>>> chap.15

Rêves de grandeur (chap.14/part 1)

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by Pål H. Christiansen

translation: Valérie Siondecine

<<< chap.13

Chapitre 14

Les caisses de livres étaient lourdes. Je les trainai au salon et les ouvris. La Lettre se trouvait à l’intérieur. Quelques exemplaires passablement abîmés de La Lettre. Des exemplaires d’archive qui avaient été déposés dans une banlieue de l’est et avaient pris la poussière. ‘poussière’ n’était pas vraiment le bon mot, ‘crasse’ passait mieux. Certains portaient ici ou là le tampon “Exemplaire gratuit”.

Avec le nombre de caisses et tout le reste, le bordel était tel dans le salon qu’il était grand temps de prendre des mesures, si je ne voulais pas me barrer la sortie. Je devais bon gré mal gré remballer et libérer un peu de place.

Le seul inconvénient dans le salon était pour le moment qu’il manquait le canapé et la table basse. J’avais besoin d’un endroit où poser mes pieds lorsque je voulais retirer mes chaussettes et m’aérer les orteils pendant ma pause de travail. J’avais besoin de place, pour balancer les bouteilles de bière, lorsque je regardais Norge Rundt. J’avais besoin d’une petite table, assez grande toutefois pour y mettre une tarte à la crème et des assiettes, au cas où des gens comme Haagen, Higgins et Hjort débarquaient pour mon anniversaire. C’était un peu enfantin…

Il n’était pas exactement question d’anniversaire en ce moment, pensai-je pendant que je déposais un tas de Baertur sur le parquet. Quelqu’un avait eu l’idée de mettre mon anniversaire le 15 juillet et en cette saison les citadins étaient comme happés par un aspirateur. Ils étaient tous dans le sud où à la cueillette des fraises à Lier. Ça vaut le coup d’avoir son anniversaire en automne! Comme les membres de a-ha! On voit bien où ça mène!

Une caisse de poésie suffit pour la première et plus importante couche. Les sonnets étaient si imprégnés de la vraie vie, qu’ils offriraient une bonne base à la table selon moi.

L’étape la plus difficile ensuite était de décider comment disposer La lettre. En long ou de travers, éventuellement, selon le schéma une partie opposée parallèle aux murs de la pièce. Il me fallut près d’une heure pour trouver, mais comme je devais le dire plus tard à Haagen : “ça valait le coup”.

Lorsque j’eus terminé, je n’effondrai sur le lit et soupirai libéré. J’avais accompli un boulot monstre.
Mais je ne me reposai pas longtemps sur mes lauriers, ça on ne pouvait pas me le reprocher.

Une soudaine inspiration me fit me lever et étudier les livres sur l’étagère. Les récentes conversation avec Helle au sujet d’Olaf Bull avaient semés le doute en moi, pouvais-je encore lui faire confiance sur les questions littéraires ? Jusqu’à présent j’avais bien fait la distinction entre mes sentiments et le purement professionnel. A mon avis, les gens qui étaient pourris et percés comme de vieilles péniches ne pouvaient pas être considérés comme des bateaux qui sombrent dans tous les contextes. Il était temps pour moi de savoir si je n’avais pas été un pauvre homme naïf et crédule.

Je saisis le recueil de poèmes et nouvelles d’ Olaf Bull sur l’étagère et vint me poster à la fenêtre. Avec l’aide du sommaire à la fin du volume je pus me guider et plus vite constater que l’œuvre Épave d’été se trouvait dans Nouveaux Poèmes soit dans Les Étoiles, mais pas dans Poèmes et prose de 1916.
Non, ça ne collait pas. Là, Helle m’avait gentiment mené en bateau. Si je ne pouvais plus lui faire confiance en amour, jusqu’à présent je me reposais sur son savoir en matière de langage et de littérature. Je déchirai le livre en deux et le jetai par la fenêtre.

Puis vint le tour du Scrabble. Me débarrasser de mon jeu de Scrabble était certes douloureux mais indispensable si je voulais aller de l’avant. J’ouvris la poubelle et constatai que le jeu était trop grand pour y rentrer tout entier. Je devais tasser le carton. Une partie des pions fut éjectée hors du carton et les lettres tombèrent sur le sol. J’ entendis leurs cris à l’atterrissage : A! B! G! X!

Après ce grand acte de rangement je me sentis plus léger et prêt à poursuivre le roman. J’avais de nombreuses scènes importantes déjà formées dans ma tête, il ne manquait que l’enchainement. Et il ne me venait pas à l’esprit de fournir un roman clairsemé où les fragments d’écriture se tenaient comme des petites pyramides de pierre isolées sur un vaste plateau balayé par le vent.

Selon moi, le succès littéraire dépendait de la façon dont on guidait le lecteur page après page. Les grands espaces libres dans lesquels le vent du Nord pouvait s’engouffrer, étaient interdits. Cette fois j’étais bien décidé à émouvoir de nombreux lecteurs sans pour autant mettre en jeu mon intégrité d’écrivain par une production de masse. Je savais que quand je n’aurai plus le manuscrit en main, je ferai partie de l’élite littéraire.

Pour l’instant je ne me souciais pas de la publicité, comme on dit. Je regardais plus loin. Il y avait comme qui dirait des agents littéraires là dehors, et c’est avec ce genre de personnes que je devais rentrer en contact. Ils devaient être mes taupes dans ce paysage littéraire mondial.

Je mis Headlines and Deadlines et au moment où Take on Me sortit des hauts-parleurs, je sentis une vague d’inspiration m’envahir et me mis aussitôt à écrire la scène, dans laquelle le héros comprend qu’il est un élément de quelque chose de grand. Car, après ses voyages en Orient avec des visites sporadiques dans les tentes des nomades et des jours solitaires sous un soleil de plomb, la vie voulait l’attirer dans une tout autre situation. Se pouvait-il qu’il puisse rêver de l’existence des oiseaux et ainsi se réveiller avec le chant des oiseaux en ré majeur et mineur ? Ou bien endosserait-il la pleine responsabilité de ces petits volatiles? Les questions fusaient, mais comme j’étais de ceux qui préférait les questions aux réponses, je les laissais sans réponses, jusqu’à ce que mon moi créatif arrive à une suggestion par l’écriture.

L’écriture se déroula bien tout au long de Take on me et à la moitié de Cry Wolf. Je commençai alors à me poser des questions sur la construction des nichoirs. Il y avait plusieurs techniques en cours et en ce qui concernait les nichoirs, il me manquait certaines compétences pour être crédible dans mon roman. N’y avait-il donc aucun autre moyen que de commencer par des recherches?

On sonna.

Je restai immobile.

>>> chap.14/part 2

Rêves de grandeur (chap.13)

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by Pål H. Christiansen

translation: Valérie Siondecine

<<< chap.12

Chapitre 13

J’aperçus le voyeur du répondeur au moment où je pénétrai dans l’appartement. Cling-cling-cling-cling. Deux clignotants rapides signifiaient qu’il y avait deux messages qui m’attendaient. Cela pouvait être deux messages courts ou deux longs. Cela pouvait être un souffle silencieux du passé. Quelqu’un qui ne voulait pas se faire connaître. Ou bien encore cela pouvait être un message complètement inattendu, formulé à voix forte et claire : “Prenez le premier vol pour Londres !”
Mon agent avait lu mon manuscrit et voulait discuter des conditions dans son bureau immédiatement.

J’appuyai sur le bouton.

“Salut c’est Helle. T’es parti si vite hier. J’voulais vérifier que tout va bien”.

Parti si vite hier ! Venant de celle qui m’a laissé en plan pour le premier venu!

“Salut, c’est encore moi ! Peux-tu me rappeler?j’ai invité Papa et Maman à dîner mardi. Je pensais faire un bœuf bourguignon. Ça te va ? Et puis, j’ai quelque chose à te dire.”

Ça te va ? Non, ma réponse était NON ! C’était de la merde pour moi. Et puis, c’était quoi ces sifflements de serpent ? De quoi n’avions nous pas encore parlé? Discuté? Elle aurait pu en dire un peu plus ! Et pour ça elle a besoin du fou du village!

Et je ne parle pas ici de Tarnas ou ses environs. Je pensais village avec un grand V. Là où les loups se baladent avec une rognure de carcasse d’agneau dans la gueule.

Je m’imaginais comment cette conversation téléphonique allait se dérouler. C’était beaucoup plus facile à imaginer que la façon dont le héros de mon roman réussirait à bâtir un nichoir.

“Je voulais te dire que je t’apprécie vraiment” dirait Helle. “Je t’aime” me dirait-elle.
“Moi aussi je t’aime”, répondrais-je.
“Nous pouvons rester bons amis”, continuerait-elle.
Ah bon?
“Oui, bien sûr”, finirait-elle.

Et là je mentirais et affirmerais que la sauce des pâtes serait en train de bouillir dans la cuisine, et même qu’elle éclabousserait déjà les murs, jusqu’au plafond. Oui, c’est ce que je dirais et me lancerais dans une description détaillée de la passion du Christ.

Et puis Helle rirait à l’autre bout du fil. “Courage”, dirait-elle. Alors je me dépêcherais de raccrocher le premier et je commencerait à passer l’aspirateur.

J’essayais de me la représenter: Tout d’abord ses cheveux bruns, qu’elle venait juste de faire couper, avec une frange, comme une beauté égyptienne. Puis son sourire (celui qui sonnait honteusement faux). Venait ensuite sa façon de marcher, comparable à la démarche des Égyptiennes qui, il y a des millénaires, portaient des cruches d’eau sur la tête, sans sous-vêtements, telles que je les imaginais. Très excitant pour les Égyptiens qui n’avaient rien à redire.

Ces visions incluaient un élément sexuel qui ne me plaisait pas. Après une nuit sur une planche je n’étais pas d’humeur érotique. En outre cela ramenait mon envolée spirituelle sur terre. Je n’étais pas du genre,à avoir quelque chose contre les putes ou Madonna à condition qu’on puisse leur faire confiance. Mais on ne pouvait jamais compter sur les femmes, c’était évident. Elles sont désespérément perfides. Comme les feuilles dans le vent. Émotions en fausse route. N’importe quel charlatan un peu friqué et les yeux brillants pouvait les coucher dans son lit.

Helle me décevait énormément. Tout ce que nous avions en commun. Elle le bradait. Trop bon marché.

>>> chap.14/part 1

Rêves de grandeur (chap.12)

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by Pål H. Christiansen

translation: Valérie Siondecine

<<< chap.11

Chapitre 12

Je sentis un petit vent frais lorsque je sortis du commissariat. L’automne était-il arrivé pendant que j’étais à la maison d’arrêt? L’automne avec ses cocottes de farikal bien mijotées et ses coups de vent cinglants ? L’automne avec ses jours clairs et ses pluies interminables? Je sentis la joie monter en moi comme la sève dans une brindille. Même si j’étais tombé et out pour quelques minutes, j’étais prêt à continuer le combat.

Le bonheur ne dura pas longtemps. Car aussitôt que je me retrouvai dans un rayon de soleil, je sentis que ce jour serait encore plus chaud que les précédents. Le rêve de jours frais était remis à plus tard.

Si on m’avait demandé quelques semaines auparavant mon intérêt pour les camions à ordures, j’aurais rigolé. J’aurais même peut être été un peu sarcastique. Toutefois maintenant un camion à ordures bleu, garé près du trottoir, éveilla ma curiosité. Celle-ci ne s’atténua pas lorsque je lus sur le côté du camion : POESIEXPRESS -  Poésie Livrée sur Simple Coup de Fil.

Higgins était assis au volant et mettait des pailles en bottes. Il me fixa comme pour jauger mon état d’esprit. Le résultat fut positif puisqu’il continua son travail. C’est ce que j’appréciais chez Higgins : minutieux comme une fourmi, déterminé et clair. Chaque instant libre était pour lui une pierre potentielle pour bâtir le grand temple de l’art.

- Il est évident que ce sont les pailles jaunes qui sont le plus fabriquées, déclara t-il, tandis que je prenais place dans le camion.C’est une théorie que je suis sur le point de prouver scientifiquement.

- Et quelle est l’hypothèse ? Dis-je.
- Que la ville regorge de pailles jaunes, dit Higgins.
Son téléphone sonna. Il écouta attentivement tout en rangeant ses pailles sous son siège.
- On doit y aller, me fit-il, à la fin de la conversation. Haagen a besoin d’aide.’

Une petite musique sortait de la tombe du grossiste Hjamar Holst Humperdinck. Une fine et douce note de saxophone se frayait un chemin au milieu du murmure de toutes les veuves, qui étaient agenouillées devant les tombes de leurs maris fanés et les fleurissaient. Haagen était couché avec le saxophone dans son sac de couchage. Il s’exerçait sur Oppna Landskapp, qui résonnait sur les pierres tombales.

- Comment ça va ? Fis-je
- Tant que je suis allongé avec ma bien aimée, rien ne peut m’arriver, répondit Haagen.
- Une bonne et juste attitude, dis-je. Mais comment diable as-tu réussi à t’enfermer dans ton sac de couchage ?

Je m’assis découragé sur une tombe et me tins prêt, à cueillir Haagen de son propre tombeau.
- Tu peux bien fermé ta gueule, dit Haagen.
- Ah bon ? Dis-je. Je t’ai déjà cassé les pieds de si bonne heure le matin?
- Pour commencer tu t’en prends violemment au meilleur bassiste que je connaisse, dit Haagen. Et après tu le laisse raccompagner ta petite amie chez elle.
- Ma petite amie? Dis-je.
- Cela lui fait de la peine, dit Haagen.
- Ah bon vraiment? Fis-je sèchement. Cela lui fait de la peine? Qu’est-ce qui lui fait vraiment de la peine?
- Tout n’est pas si simple, répondit Haagen.
- Ah non ? Dis-je.

Haagen se tut et nous restâmes à écouter à la fois le bruit du métro qui grondait et Higgins qui s’acharnait sur la fermeture éclair du sac de couchage. Si Haagen avait cru que j’allais le supplier de ma parler de la vie sentimentale d’Helle, il s’était trompé. J’avais autre chose à faire qu’écouter ce que mes ex faisaient et ressentaient pendant leur temps libre. J’avais une carrière à prendre en main.

La fermeture éclair s’ouvrit et Haagen en extirpa le saxophone et le posa sur le côté. Puis il commença à s’habiller; en restant toujours couché dans le sac de couchage. Il avait une technique unique que j’admirais et que j’étais loin de pouvoir maîtriser.

Même si je comprenais où Haagen voulait en venir avec ses remontrances, je n’étais tout de même pas le seul écrivain qui devait se défendre de temps à autre. Peut être devrais-je lui rappeler le besoin permanent qu’avait Hemingway de se lancer dans un combat de boxe ? Ou bien encore, un certain Dadaiste , qui au début du siècle dernier traversa Zurich avec des pistolets chargés pour tuer son rival? Apparemment c’était donner de la confiture aux cochons.

Higgins se mit à préparer des œufs et du bacon sur le réchaud d’Haagen, tandis que celui-ci faisiat quelques génuflexions et mettait sa cravate, qui était pendue à une branche.

-Grand temps d’abandonner la vie en plein air, dit Haagen, alors que nous étions chacun assis sur une stèle et prenions notre petit déjeuner.
- T’es triste ?dis-je.
- C’est toi qui poses la question?, dit Haagen.
- Oui, j’ai pas le droit ?
- Tu peux toujours demander ce que tu veux, répondit-Haagen.Obtenir une réponse est une autre histoire.

Il était vraiment d’une humeur de chien, ce mec ! J’arrivais tout droit d’une cellule glaciale du Groenland au logis en plein air de Haagen et il n’avait rien de mieux à faire que de continuer ses remontrances de la veille.

- Mais enfin c’est quoi ton problème ? lançai-je.
- L’automne est imminent, dit Haagen. Et je ne veux pas penser à ce qui se passera après’.
- Une chose après l’autre, dis-je.
- Nous avons besoin d’un objectif et d’un toit au dessus de la tête, Hobo. Poesiexpress peut être le début de grandes choses. Poésie pour le peuple ! Emballée dans des métaphores et des sonorités ensorcelantes!

Tout à coup Il parlait comme un chef qui montre le chemin à un groupe de vieillard, de femmes et d’enfants. Higgins était assis et hochait la tête en levant les yeux au ciel.
- Nous avons besoin de nous bouger un peu, dit-il.

Sur le chemin du retour nous passâmes devant quelques containers. Higgins s’arrêta et trouva quelques lampes à pieds et un fauteuil de bureau qu’il voulait emporter; Haagen de son côté trouva un vieux pupitre tordu qui avec de la bonne volonté pouvait servir de séchoir à chaussettes.

Puis chemin faisant nous arrivâmes à l’atelier d’Higgins, où nous eûmes l’opportunité de jeter un coup d’œil à ‘Au delà du pire’.

Higgins avait utilisé du bois flottant comme base tandis que les autres choses avaient été assemblées comme des éléments de relief. Le grand jerrican d’eau était relié à un long bâton et pouvait représenter une espèce de ventre et ma tennis pointait comme un bec du morceau de styropore. Mais comme je connaissais bien Higgins, il y avait des milliers de façons d’interpréter son art. C’était tout ce qu’il y avait de libre.
- Dois-je le peindre? demanda Higgins alors que nous nous tenions devant.
- Sais pas, dis-je.
- Il y a un engrenage dans le matériel, dit Higgins.- Mais une légère teinte pourrait lui donner un coup de pouce.
- Ouais j’suis d’accord, dit Haagen.
- D’accord pour quoi? reprit Higgins.

- Pourquoi pas un peu de rouge sur le ventre? suggérai-je.
- Ventre? dit Higgins. – Qui a dit que c’était un ventre?
- Ben ça y ressemble, fis-je.

Pendant que Higgins et Haagen préparait une présentation précise du projet Poesiexpress je me frayai un chemin à travers l’atelier. Hormis le chaos qui jonchait le sol, c’était bien rangé. Bien suspendues à un crochet, par exemple, se trouvaient deux cottes de travail oranges.
- Tiens, tiens, fisje. ‘Vous savez ce que Hirsch m’a raconté? Qu’il avait vu en ville deux hommes avec les mêmes cottes transportant mon canapé.’
- Quand ça ? demanda Haagen.
- Au milieu de la nuit , répondis-je.

Haagen et Higgins étaient bien trop occupés avec leurs affaires, pour développer davantage la conversation sur un canapé fugueur. Du moins c’est ce qui apparut. Ils avaient étendu sur une partie libre du sol un grand schéma et me faisaient signe de me rapprocher.

>>> chap.13

Rêves de grandeur (chap.11)

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by Pål H. Christiansen

translation: Valérie Siondecine

<<< chap.10/part 2

Chapitre 11

Deux policiers vêtus de cuir se tenaient derrière moi lorsque je me retournai. Ou est-ce que c’étaient  des policiers?! Il y avait assurément une femme parmi eux.

- Vous arrivez tard, mais c’est bien , dis-je.
- Ne devrions – nous pas aller faire un tour au commissariat, Highbrow? dit l’homme.

Tiens, ils connaissaient mon nom ! Pensai-je en ricanant. Les rumeurs circulaient à une vitesse dans cette ville! J’étais quelqu’un sur qui on pouvait compter dans le monde littéraire, c’était sûr et certain et à coup sûr ces deux-là sortaient tout droit d’un roman policier.

- C’est pas nécessaire, l’homme que vous cherchez est là-bas.

J’enfonçai le bout de ma chaussure entre les cuisses de Hagbart, qui gisait, gémissait et geignait comme un gamin qui s’était tapé le genou . C’est juste au moment où j’avais terminé de parler aux agents qu’il réussit à la fermer.

- Je pense que nous allons faire un tour, dit l’autre agent en faisant un pas vers moi.

Il parlait exactement comme mon père. Papa aurait été fier de moi à cet instant: Son fils savait se défendre dans la vie.

La femme policier était assise à côté de moi tout le long du trajet au commissariat. Il s’avéra que c’elle était une fille tout à fait charmante, dénommée Hansson.

- Est-ce  Highbrow l’écrivain que j’ai le plaisir de rencontrer, demanda Hansson en rougissant presque.
- Certes, confirmai-je.
- J’ai lu La Lettre, dit Hansson.
- J’ai tout de suite vu que tu étais quelqu’un avec de bonnes connaissances littéraires, dis-je.
- Je suis toujours dans la bibliothèque, dit Hansson.
- Il y a pire endroit à fréquenter, dis-je.
- J’ai un faible pour les poèmes de Pessoa, dit Hansson.
- Pessoa? Dis-je
- Je ne suis rien, je ne serai jamais rien…commença à réciter Hansson.
- Bureau de Tabac d’Alvaro de Campo? Devinai-je.
- C’est juste, répondit-elle.

C’est justement le poème de Pessoa, pour être tout à fait honnête que je trouvais bâclé, mais je trouvais plutôt opportun de ne pas en faire mention.
- Pessoa a fait mouche.

Je gisais sur le sol et écoutais les sons des détenus de la nuit. Quelqu’un appela Dieu, un autre sa mère et un autre encore demanda une cigarette. Personne ne demanda une pizza, par exemple, ou des pâtes au Dolmio. Je pensai à ce que le divin Rilke avait éveillé en moi, en effet en tant que poète en prison, il avait malgré son enfance séjourné dans ‘ce délicieux royaume et trésor de ses pensées’.

Qu’est-ce qui pouvait m’aider là? J’étais un homme tourmenté. Un homme couché dans une cellule, imaginant comment Helle s’était comporté avec Hagbart une fois que j’eus quitté le Fire Høns. Comment elle avait soigné ses petits bobos comme si cela avait été des blessures par balle de la Grande Guerre d’Hiver. Ensuite ils étaient à la maison dans la chaleur du lit.

Les scènes se heurtaient pèle mêle dans ma tête, Helle à califourchon sur ce fou, bientôt il jouerait de la basse sur sa poitrine. Et moi, je gisais là à courir le risque d’être arrêté pour avoir défendu mon droit légitime. Ce n’était pas facile.

Ici il n’y avait qu’une chose à faire, écrire les évènements. Ainsi pourrais-je tirer quelques petites couronnes de la méchanceté. Mais comment se procurer du papier dans cette pièce de chiottes? Même ici l’animosité artistique était de mise. Ne viens pas ici en discutant de l’art fleuri dans des conditions ordinaires. On pouvait bien chier sans papier, ni crayon, mais pas écrire, pensai-je en inspectant minutieusement la cellule pour trouver de quoi écrire.

Je dormis jusqu’au petit matin et rêvai que je m’élevai des terres sur un tapis pour voler vers la mer.
C’était assez agréable jusqu’à ce que l’ondulation monte à une hauteur impardonnable. Je jugeais que j’étais en train de perdre le contrôle là où j’étais, quelque part  au milieu de la Mer du Nord. Je m’éveillai en sursaut et aperçus un regard amical.

- Comment ça va? demanda Hansson.
- J’ai fait un cauchemar, dis-je.
- Tout est presque en règle pour toi, dit Hansson. Ne crois-tu pas que l’on pouvait se comporter différemment hier?
- Sais pas, répondis-je.
- La prochaine fois on doit contrôler son tempérament, dit Hansson.
- Je le ferai, promis-je.

Et elle m’aida à me mettre sur les jambes, me rendis ma veste et me conduisis le long du couloir jusqu’ un comptoir. On me rendit ma montre. Il était huit heures dix.

- Moi aussi j’écris un peu, dit Hansson.
- Ah oui, m’étonnai-je.
- Du lyrique surtout, répondit Hansson en esquissant sa poésie sur une feuille d’une manière intelligible: Sa pratique poétique n’avait rien à voir avec son travail. Ni avec le football d’ailleurs.
- Je comprends, dis-je. Mon conseil est de ne pas tout donner au lecteur. Le lecteur doit faire sa part de boulot lui même.
- Merci pour le tuyau, répondit Hansson.

>>> chap.12

Rêves de grandeur (chap.10/part 2)

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by Pål H. Christiansen

translation: Valérie Siondecine

<<< chap10/part 1

Sur le chemin du retour je croisai Haagen qui passait faire un tour à la salle. Il m’accompagna et  colla sa face barbue contre moi et commença à discuter. Il voulait la mort mais la vie me mettait dans le nouveau projet qu’il avait avec Higgins. Il y avait quelque chose qui devait sortir des gens. Qu’est-ce que j’avais reçu  sur moi? Etait-ce du pain ou du poisson? Ou bien encore un postillon qui surgissait les samedis  d’un quartier d’un village de porcs? En tout cas quelque chose avait voyagé. Quelque qui valait son pesant d’or. Et il déblatérait toujours sur le temps et tout autre chose. Et comment allait tourner l’hiver et ce qu’il avait comme CONTRAT en quelque sorte. C’était de moi qu’il parlait? J’en savais rien. Le mot OR causa immédiatement une certaine réaction dans ma conscience. Sinon ça rentrait pas une oreille et cela ressortait pas l’autre.
Helle n’avait même pas remarqué que j’étais parti. Je repris sa main dans la mienne et lui fis signe que je voulais partir. Mais elle restait là assise et écoutait avec sa main moite dans la mienne. Alors je m’autorisai un autre tour de fraîcheur et allai aux toilettes.

L’anarchie était arrivée dans cette ville depuis longtemps, pensai-je tandis que je soulageai la pression. Les gens prenait les affaires en main. En particulier quand cela devenait érotique. Quelqu’un croyait certainement que c’était simple de se servir, sans égard de qui on a à faire. Ils griffonnaient des mots les uns les autres comme s’ils étaient dans une boutique de bonbons pour la première fois et croyaient que tout était gratuit. Mais tôt ou tard il faut payer. C’est ce que la plupart des gens fort mentalement réussissaient à faire.

Lorsque je revins, je me rassis et me balançait énervé sur ma chaise en essayant à nouveau d’attirer l’attention de Helle.  Elle était assise penchée vers ce Hagbart et écoutait un monologue interminable sur la manière dont on accordait une basse sous le vent du nord lorsque la température commence à passer en dessous de zéro. Le premier commandement était – si je me souvenais bien- de retirer ses moufles, mais la procédure qui s’en suivait disparaissait dans le cliquetis et bourdonnement des clients du Fire Høns.

Je tirai Helle par le chemisier d’abord doucement puis plus fort si bien qu’elle dégagea ma main d’une claque et se pencha encore plus près de son cavalier de table. Je me penchai à la suite et lui souffla fortement dans l’oreille. C’est quelque chose qui pouvait lui rappeler nos  escapades amoureuses sur les sommets venteux du Télémark. Alors ce petit essai ne réussit pas non plus, je jetai ma dernière carte et jouait notre mélodie spécial sur mes lèvres . Si elle ne comprenait pas là  maintenant, c’était de sa faute.
- Tu veux bien arrêter ça maintenant? dit Helle et se retourna.

Elle me dédaignait comme si j’étais une mouche qui l’ennuyait. Et précisément je me sentis tel, comme un petit reptile qui lève la tête et rouissait devant toute l’assemblée.

Je regardai les mains de Hagbart. Elles volaient au dessus de la table et ressemblaient à un kilo de saucisses fumées. Elles étaient poilues aussi. Et Helle était là assise à côté de cet homme et se laissait charmer?

Il y avait quelque chose sur son visage. Il illuminait. Et ce n’était pas vers moi qu’elle illuminait ! entendais-je du fond de ma poitrine.

Je regardai autour de moi. Tous les autres étaient affairés. Ils rotaient et buvaient et montraient les photos de leurs épouses et enfants à des inconnus qu’ils ne rencontreront plus jamais de leur vie.

Où était l’aide en fait quand on en avait besoin? pensai-je.

Où étaient l’autorité et le clergé?

Où était la POLICE?

Au même moment je vis quatre cinq des bouts de saucisses de Hagbart s’envoler de la table et s’orienter vers la cuisse gauche de Helle.

Je repoussai la chaise et me levai.
- Il y a une mouche au plafond, criai-je.

Ils m’observèrent tous, Hagbart et Helle, et Haagen, qui venait de récupérer d’un type un cigare après moult efforts.
- Là-haut! dis-je.
Je montrai le plafond du doigt.
- Tu ne me crois pas? dis-je dédaigneusement en posant mon regard sur Hagbart, qui parut troublé un moment mais qui ne tarda pas à laisser replonger sa sale patte sur la cuisse d’Helle.
- Regarde toi même, dis-je.

Le coup porta exactement là où il fallait, juste au milieu du diaphragme d’Hagbart. Il plongea à genoux tandis qu’il expirait un long Aaaa de ses lèvres, suivi d’un amas de tapas et de pastilles de réglisse ainsi que de la bière bon marché d’un autre bar du quartier est.
- Tu l’as bien mérité, déclarai-je.

Helle poussa un petit cri. Elle se leva et me regarda à la fois de façon surprise et inquiète, avant de s’accroupir pour s’occuper un peu de son nouvel ami. Hagbart resta assis comme ça un bon moment en se tenant l’estomac. Je saisis l’occasion d’aller prendre une gorgée de bière tandis que j’attendais qu’il se relève. Cela prenait du temps, comme on pouvait se l’imaginer. Il resta ainsi en effet un bon moment à regarder par terre à la recherche de pièces de monnaie.

Attendrissement  typique, pensai-je. Mais c’était assez facile pour moi. Il était temps que je pense à autre chose. Mon projet de roman par exemple. Le grand roman sur la vie et la mort, et l’amour et aussi un peu sur la construction des cages à oiseaux.

Lorsque Hagbart fit mine de se relever, péniblement comme un vieil homme,  je lui mis mon genou dans la figure et cela lui cassa l’amalgame de la mutuelle dentaire communale de Ørsta.

>>> chap.11

Rêves de grandeur (chap.10/part 1)

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by Pål H. Christiansen

translation: Valérie Siondecine

<<< chap.9

Chapitre 10

Haagen était assis au bar et conversait avec Hjort lorsque j’entrai au Fire Høns. Il me jeta un regard et continua sa discussion, tandis que je traversai le local à la recherche d’Helle. Elle n’était pas assise à la table des filles au coin, ni à la table des habitués près de la fenêtre. Si j’étais rapide, je pouvais m’enfiler un demi avant qu’elle arrive.

En voilà un comportement? Jamais auparavant Helle ne s’était mêlé de ce que je buvais. Comment pourrait-elle le faire maintenant? Maintenant que le besoin du corps en liquide était proportionnellement inversé par rapport à la distance du robinet de bière le plus proche.

- Par ici, retentit une voix.
- Higgins était sous la table des habitués et s’affairait sous une autre.

Il portait sa bonne vieille chemise hawaïenne des grandes occasions et la chaussure Adidas qu’il avait au pied droit m’était connue. Au pied gauche il portait une chaussure de marque Puma qui était plus récente.

- Que fais-tu là-dessous? Demandai-je.
-Cherche des pailles usagées, dit Higgins.
-Et à quoi ça sert? dis-je.
-L’art des pailles est le dernier cri à New York, dit Higgins.
- Alors si c’est le dernier cri, dis-je en le regrettant aussitôt.
- Il y en a une là-bas, dis-je et pointai du doigt vers le mur.

Higgins recula et se releva avec une paille jaune dans la main.
-Parfait, dit Higgins.
- Quelqu’un a-t-il vu Helle, demandai-je alors que nous approchions du comptoir.
-Elle est aux toilettes, dit Haagen.
- Si tu veux savoir Ce qu’elle fait aux toilettes, va voir toi-même, dit Hjort.

Je restai debout et regardai si je la voyais, et alors elle arriva dans la veste en cuir noire et quelque chose qui ressemblait à son chemisier lilas en dessous.

- T’en as terminé avec la cuisine? Demandai-je en l’embrassant.
- Oui, dit Helle.
- Et tout va bien? dis-je.
- Ca va un peu lentement, dit elle.
- C’est le temps, dis-je.
- Ah?, dit Helle.
- Herman dit qu’ils construisent haut, dis-je.

Devais-je lui parler du boulot? En soi je devais le faire. Je préférais attendre un peu.
Cela commençait à affluer. Les gens parlaient de la chasse ou quelque autre sujet pour échanger des spiritualités. La fumée devenait épaisse et Hjort avait éteint la climatisation depuis plusieurs heures. J’en avais ma claque de suivre des conversations qui lentement avaient dérivé du caractère non pertinent à désespérément non pertinent.

- Je crée mes sculptures vêtu de collants sous mon pantalon, constatait Higgins.
- hé? dit Haagen, qui avait un contact visuel avec une fille au bar. Elle ressemblait à une Hilde ou

Herborg ou Hallvis en tous points, et il était évident que le contact était réciproque, car ils ne pouvaient pas détourner leur regard l’un de l’autre.

- Les sculptures perdent du nerf lorsque je travaille les couilles pendantes à l’air, dit Higgins.- Elles ont besoin purement et simplement d’un cadre d’exister.
- Pour? criai-je à travers la table.
- Quoi pour? demanda Haagen.
- On dit un cadre pour exister, dis-je.
- Je ne supporte pas les boules de poisons dans la sauce blanche, expliqua Higgins.

Nous étions assis et réfléchissions un peu à cela tandis que nous buvions et fumions et serrions des jambes pour repousser au maximum le prochain tour aux chiottes de quelques minutes. A travers la salle un type se frayait un chemin avec une chaise au dessus de la tête. Il faisait route vers notre table. Je l’avais déjà vu auparavant, c’était une connaissance de Haagen.  Le glorieux et sordide Hagbart, qui avait joué du triangle ou de la flûte à bec sur quelques disques dans les années quatre-vingts. Maintenant il avait coincé sa chaise entre celle de Haagen et celle de Helle et s’immisçait dans notre conversation.

- Je crois que j’ai entendu le mot billes de poisson? dit-il.
- Nous parlons de sous-vêtements, dit Haagen.
- Moi j’ai tout à l’air, dit Hagbart en reluquant Helle.

Houla, qu’est-ce que ce type allait s’imaginer? Je m’asseyais plus près de Helle et lui serra la
main. Elle serra à son tour et cela me rassura tout de suite. Mais soudain je me mis à penser que si elle était intéressée par ce type, elle n’aurait pas manquer de me serrer la main de toute façon, aussi je me devais d’ouvrir ma gueule, moi aussi.

- Alors ça joue du triangle ces temps-ci? demandai-je.
- Du triangle? Dit Hagbart.
- Oui, je croyais que tu jouais du triangle, dis-je. Ou alors c’était des castagnettes?

Hagbart rit amicalement, et expliqua qu’il jouait de la basse. Nous l’avions peut être entendu jouer (bénévolement) sur le dernier tube de Hubert et les Hannkattene?

Non, aucun d’entre nous ne l’avait entendu. Mais cela ne découragea pas Hagbart de se faire mousser, i se pencha en arrière et dit d’une voix basse :
- Il s’agit de tenir une cadence monotone, dit-il.

Et alors il regarda droit dans les yeux de Helle.
Je vis ses mains. Elles étaient poilues et dégoûtantes.

- Ah bon? dis-je.
- Ouais, répondit Hagbart.

Qu’est-ce que c’était que cela? Ce type n’était –il pas assis là à FLIRTER avec Helle? Ou peut être flirtait-il SUR Helle. C’était pire.

- Tu fais quoi, toi? me demanda t-il.
- Il est correcteur  au Verdens Gang, dit Helle, et elle le dit tellement joyeusement que je me sentis comme une patère sur laquelle elle accrochait son chapeau.

Je réalisai que je n’avais plus du tout de boulot et je me levai subitement de ma chaise. Il faisait une putain de chaleur dans cette salle ! Ma parole ils avaient allumé le chauffage ! J’étais moite et dégoulinant de sueur et l’air était pesant et poisseux comme un vieux caramel.

Je sortis sur le trottoir pour me rafraîchir un peu. Une voiture de police passa lentement. Je saluai d’un signe de tête respectueusement aux employés dans la voiture puis levai la tête vers le ciel. Bon sang si ça n’était pas un ciel couvert là-haut ! Et s’il n’était pas noir, il était bien sombre. Il est temps de rentrer à la maison, pensai-je.

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