French fan-translation of “Drømmer om storhet”
by Pål H. Christiansen
translation: Valérie Siondecine
Chapitre 17
La roue de devant du vélo se vida avec un sifflement singulier qui rappelait le bruit des petits animaux rampant dans la savane africaine. Ce sont ces fameux sifflements qui avaient poussé ma collègue Karen Blixen à quitter le Kenya pour revenir dans son pays natal, le Danemark. Le sifflement avait interrompu ma réflexion et rendu impossible toute créativité. Le syndrome de la page blanche devînt réalité et il ne me restait plus qu’à faire mes valises et reprendre la direction du nord.
Je me tenais au milieu d’un carrefour, la jante coincée dans un rail de tramway, quelques automobilistes irascibles derrière moi. Et maintenant? Devais-je appeler Dieu à l’aide? Chanter un hymne? Je me trouvais à quelques quartiers du commerce de Hermann, désespéré et délaissé comme un petit enfant emmené en pleine forêt pour y mourir.
Les automobilistes commencèrent à klaxonner derrière moi. Je dégageai le vélo et fis en sorte de me retirer de la ligne de mire. Je n’étais pas loin de l’école de Helle, et je fus saisi brusquement d’une inspiration : et si je faisais un petit détour pour lui adresser mon dernier adieu silencieux! Puisque je me sentais désormais comme un ballon en route vers le ciel, juste amarré à son pays natal d’une simple corde fragile, la journée pouvait bien apporter son lot d’imprévu. Peut être allai-je bientôt me retrouver à Londres au Kenya ou à New York.
Alors que j’arrivai au portail de l’école, j’aperçus Helle sortir du gymnase en compagnie d’un garçon. Une espèce de petit macaque avec un pantalon au dessus de ses genoux, une casquette sur les oreilles et un plâtre au bras. Helle portait la même vieille robe d’été, qui aujourd’hui m’apparaissait moche et de mauvais goût de là où j’étais.
Ce qu’ils avaient fait dans le gymnase tombait fort à propos.
Helle avait une formation en philosophie et avait en dehors de ces performances de jeunesse, rarement mis les pieds dans un gymnase ces derniers temps.
Ils traversèrent tous les deux la cour et discutèrent tout le long du chemin. Ils riaient et le teint d’Helle n’était-il pas un peu trop rouge comme si elle avait sauté des haies et grimpé à la corde? Ou alors couru autour du stade pour se maintenir en forme?
Ou bien était-ce tout autre chose qui les avait occupés? Cette pensée me fit secouer doucement la tête. Et si, c’était lui le père de l’enfant, et pas Hagbart? Ils devaient se faire concurrence pour le titre. Étaient-ils de bons candidats? Le garçon qui disparut dans le bâtiment principal de l’école pouvait être le fils d’Helle! J’en frissonnai! Qu’elle puisse tomber si bas! Je n’en revenais pas. Peut être avais-je mal interpréter les signes de là où je me trouvais. Mais c’était si facile de juger justement après coups. Quoiqu’il en soit j’étais courageux de m’éloigner d’elle avec toute ma raison.
Hermann parlait avec Madame Høilund au téléphone lorsque j’arrivai au magasin. Ils discutaient visiblement de l’affaire Hubbing, car Hermann utilisait constamment les mots la forêt, la mère et l’enfant. Puis ils changèrent de sujet et exprimèrent chacun leur avis sur la météo, qui ces temps-ci était devenue agréable, avec une chaleur constante et des départs de feux de forêt. Si cela continuait, on allait tirer un trait sur l’automne, pensai-je.
Pas un mot sur Victor Hugo.
“Ça a été? me fit Hermann.
“À merveille!” répondis-je. “Ta tante est vraiment charmante.”
“Oui, c’est vrai.”
“Mais le vélo a besoin d’être vérifié”, ajoutai-je.
“Les rails? Quoi d’autre?”
Hermann ouvrit la caisse enregistreuse et me paya en liquide. Il devait beaucoup aimer sa tante car j’avais en main bien plus qu’un simple pourboire.
“Est-ce que je peux compter sur toi la prochaine fois?” Me demanda t-il d’une voix douce
“Pourquoi pas?” fis-je.








